[Plus haute sera la prochaine tour] L’art des grands projets inutiles

Les grands projets d’aménagement du territoire ne visent pas toujours à satisfaire des besoins. Pour vendre la construction d’une ligne TGV que peu de gens souhaitent utiliser ou celle d’un aéroport dans une région qui n’en nécessite pas, ingénieurs, promoteurs et maîtres d’ouvrage rivalisent d’habileté et de rhétorique. Justifier l’inutile est devenu une véritable culture dont on peut saisir les règles, les rites et les rythmes en lisant la conclusion d’un séminaire (fictif ) sur le sujet.
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Vous, bâtisseurs de cathédrales du nouveau millénaire, poursuivez un dessein plein
d’esprit et de noblesse. Mais la population ne comprend pas toujours le sens de vos
rêves. « Votre projet ne sert à rien ! », vous oppose-t-on parfois. Comment, dans
ces conditions, faire fructifier vos ambitions ? Les intervenants que nous venons
d’entendre ont su nous faire partager leur inestimable expérience, et je vais tenter
de dégager les axes stratégiques forts qui vous aideront à y parvenir. Commençons
par les transports. C’est un réconfort pour le bâtisseur contemporain que d’observer
une campagne traversée comme l’éclair par des trains perchés sur leur digue de
ballast. La course à la mobilité est synonyme de réussite. Nos sociétés vivent à la
vitesse d’Internet. L’économie est un écheveau de flux tendus. L’homme doit s’y
soumettre, et ce secteur offre un large éventail d’opportunités.

Pour séduire vos interlocuteurs, la démesure sera votre premier atout. Incitez vos
ingénieurs à ébaucher des plans pharaoniques… L’exploit technologique, nourrissant
l’orgueil national, occultera les désagréments pour les autochtones. Sachez tirer
parti de la concurrence entre métropoles. Labourez le terrain politique en flattant
la mégalomanie des grands élus qui rêvent tous d’une tour Eiffel dans leur cité. Une
fois que vous aurez gagné leur confiance, ils sauront faire pression sur la cohorte
des élus plus modestes, dont les finances seront ponctionnées même si les retombées
pour leur territoire n’existent que sur le papier. Afin qu’aucune objection ne
s’élève, votre pari sur l’avenir devra être pourvoyeur d’emplois. Le chantier
terminé, si l’on vous fait remarquer que les promesses ne sont pas tenues, il sera
toujours temps d’échafauder des analyses vous dédouanant : la crise, la crise !

Entourez-vous de bureaux d’études maîtrisant l’art de sophistiquer les dossiers
jusqu’à les rendre indéchiffrables. Quand le fait le plus anodin se présente de
manière abstraite, les curieux se découragent. La science étant l’apanage des
scientifiques, seul un polytechnicien sera en mesure de compter les trains d’une
ligne L durant un temps t. Pour se forger un avis, les élus s’en tiendront aux
conclusions de vos études sérieuses, véridiques et bien intentionnées. Inutile, en
revanche, de déployer trop de subtilité pour approcher la presse régionale : c’est
un allié toujours fiable, et la générosité de votre régie publicitaire sera perçue
par ce secteur sinistré comme un geste en faveur de la liberté de la presse.

Pour financer ces projets à la viabilité économique plus que douteuse, il est
capital d’emprunter la voie des partenariats public-privé. En obtenant la
construction, la maintenance, la gestion et l’exploitation d’une infrastructure,
votre maîtrise sera totale, et les collectivités publiques vous seront pieds et
poings liés. C’est en spéculant sur des besoins futurs que vous hypnotiserez vos
concitoyens. De toute mannière, seul un avenir où vous aurez gagné pourra vous
donner tort.

Si le domaine du transport ferroviaire réserve de juteux contrats, ne négligez pas
l’aérien, à l’exemple du projet d’aéroport NDDL. Nantes est certes pourvue d’un
aéroport sous-exploité, et la région, en cul-de-sac, en accueille déjà douze. Mais
c’est oublier que l’époque est à la virtualité. Car enfin, il n’est nul besoin de
besoins pour faire prospérer une idée ! Evoluer avec son époque a un coût. Avec une
législation de plus en plus contraignante, vos infrastructures doivent offrir des
garanties d’insertion écologique et paysagère. Il vous faudra, sur ce dossier,
conserver un moral à toute épreuve. Car, malgré tous vos engagements, les
écologistes aboieront. Misez sur votre service de communication pour leur barrer
l’accès aux médias. Evitez que la contestation ne s’étende. Une bataille de chiffres
ne peut opposer que des adversaires de même catégorie. Invoquez toujours la rigueur
technocratique de vos spécialistes. A la légitimit
é revendiquée par des protestataires, répondez par la légalité institutionnelle et
le recours à la force publique. Et si on vous accule, montrez votre
détermination…

Certes, planifier un grand marché public s’avère de plus en plus laborieux ; mais le
jeu en vaut la chandelle. Les concessions accordées par les autorités s’étalent de
nos jours sur plus d’un demi-siècle. Pour votre entreprise et vos actionnaires,
c’est la promesse de décennies de prospérité. D’autant que l’éventail des pyramides
du futur ne cesse de s’élargir : groupes hospitaliers, centres commerciaux,
quartiers d’affaires, infrastructures sportives, tours… Pour paraphraser George
Orwell, dont l’un des personnages déclarait : « La guerre, c’est la paix. La
liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force », je n’hésiterai pas à
l’affirmer : l’inutile, c’est rentable !

*Alain Devalpo*

 » Dès à présent, la crise de l’urbanisme est une crise concrètement sociale et
politique, même si, aujourd’hui, aucune force issue de la politique traditionnelle
n’est plus en mesure d’y intervenir. Les banalités médico-sociologiques sur la «
pathologie des grands ensembles », l’isolement affectif des gens qui doivent y
vivre, ou le développement de certaines réactions extrêmes de refus, principalement
dans la jeunesse, t
http://basseintensite.internetdown.org/IMG/mp3/dissensus_2_a_prendre_ou_a_laisser_la_negociation_nov04_extrait.mp3
raduisent simplement ce fait que le capitalisme moderne, commence à modeler un peu
partout son propre décor.  Par l’aménagement de villes nouvelles, cette société
construit le terrain qui la représente, qui réunit les conditions les plus adéquates
de son bon fonctionnement ; en même temps qu’elle traduit dans l’espace, dans le
langage clair de l’organisation de la vie quotidienne, son principe fondamental
d’aliénation et de contrainte. C’est donc là également que vont se manifester avec le plus
de netteté les nouveaux aspects de sa crise.  » * I.S.*

Pour continuer la lecture :
_ Un document audio,sur les méthodes des « négociateurs » d’Euromed
http://basseintensite.internetdown.org/IMG/mp3/dissensus_2_a_prendre_ou_a_laisser_la_negociation_nov04_extrait.mp3
(entreprise de marseille)
_Campagne à vendre http://infokiosques.net/spip.php?article961  : » Le capitalisme a
depuis longtemps modifié la structure de la société campagnarde. En France, les
campagnes ont encore occupé la une des médias, à l’occasion de sabotages contre
l’implantation des premiers plans de céréales transgéniques, puis du saccage du
McDonald à Millau. « 
http://basseintensite.internetdown.org/IMG/pdf/introgeo.pdf Lutte des classes et
aménagement du territoire. Introduction à la géographie marxiste
http://insoumise.wordpress.com/2013/04/01/en-ligne-lutte-des-classes-et-amenagement-du-territoire-intro-a-la-geographie-marxiste/

_ Désurbanisme n°19 http://infokiosques.net/spip.php?article242  : sur la prévention
situationnelle

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