[Contre les charognards] Encaisser le choc, Rendre les coups

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Encaisser le choc, Rendre les coups

« « il faut en finir ! », encore une phrase qui fut lancée jadis, aux
heures tragiques, une parole ramassée dans le lointain de l’histoire, qui
sort du cimetière des insurgés d’autrefois, pour devenir la devise des
insurgés de demain. »

 

 L’assassinat de Clément M. par une bande de fascistes nous a tous touchés
ces derniers jours, il a provoqué des réactions un peu partout. Trop peu,
ce n’est pas quinze mille personnes qu’on aurait voulu voir dans la rue
jeudi soir mais quinze millions.

Mais disons le crûment : on ne construit rien sur des cadavres, le culte
de la charogne n’a toujours conduit qu’à édifier de nouvelles cathédrales.
Nos luttes n’ont besoin ni de saints ni de martyrs laissons cela aux
cul-bénits. Cela n’enlève rien à la douleur.

Après la mort d’un individu, il reste un tas de chairs et d’os voués à
disparaître. Pour autant il ne reste pas rien, les sentiments et les
passions suscitées par cet assassinat chez de nombreuses personnes sont
bien réels. La façon dont cette mort résonne chez tout-es cell-eux qui
subissent la pression et les agressions des groupes d’extrême-droite à une
saveur acre. Il reste à tout ceux qui l’on côtoyé leurs souvenirs de ces
instants, et ça personne ne le leur enlèvera.

La façon dont chacun alimente sa rage et sa révolte avec ses souvenirs et
ses sentiments, et celle dont il souhaite les partager ne regarde que soi.

Chaque mort est par essence sans lendemain, mais il reste tout ce qui nous
entoure. La réalité des luttes qu’on mène et des coups qu’on se mange dans
les manifestations quotidiennes de la guerre sociale. On a vu beaucoup de
gens descendre dans la rue, se rassembler sous le coup de l’émotion, et
c’est très sain. Il y avait plus de monde que d’habitude et c’est bien là
le problème, on se retrouve à dix quand il s’agit de lutter aux cotés de
sans-papiers ou de défendre un squat. On ne suscite plus que des regards
apitoyés ou amusés quand on parle d’essayer une société sans état, ou de
partager les richesses et le travail.

Clément est mort on accuse le choc, mais on luttait déjà avant et on
continuera de lutter contre toutes les formes de domination y compris le
fascisme. Il ne faut pas se voiler la face, des coups on continuera à en
manger et des morts sous les coups des fascistes ou de l’état on en verra
d’autres. Manque de peau. La cicatrice de chaque coup qu’ils nous
infligent, le souvenir de chaque compagnon dont le cadavre jonche
maintenant le bas-coté du chemin vers notre liberté ne font que renforcer
notre rage et notre détermination quand à la destruction de l’ordre social
en place et de toutes hiérarchies.

Ce qu’il y à combattre ce n’est pas seulement le fascisme et les
groupuscules d’extrême-droite au nom de la sauvegarde de la démocratie.
Mais bien le capitalisme et l’état, les politiques sécuritaires et racistes
qui sont nécessaires à la perpétuation de la domination et de
l’exploitation. Il n’est nulle répression qui puisse réparer ce qui a été
commis, aucune peine même la peine de mort n’a jamais réparé un meurtre par
une quelconque équivalence métaphysique ou alchimique.

La vengeance quand à elle, reste à l’appréciation de ceux qui ont un
affront à venger. Elle est une solution parmi tant d’autres ni bonne ni
mauvaise, à chacun de juger de sa légitimité et d’en apprécier les
conséquences.

Pendant ce temps là ceux qui nous gouvernent, l’état, vont y trouver
prétexte à renforcer leurs dispositifs de contrôle au nom de la lutte
contre les « violences extrémistes ». Ils laisseront les violences entre
groupes « extrémistes » se développer, et en profiteront pour enfermer et
réprimer tout ce qui dérape. Ils se poseront en chevaliers blancs de la
lutte antifasciste en faisant condamner lourdement les agresseurs ou en
dissolvant deux ou trois groupuscules ; eux, qui raflaient pour expulser
des sans-papiers le jour même à Barbès, rasent les camps de roms,
quadrillent villes et banlieues avec leurs flics ne font que véhiculer les
représentations qui font aujourd’hui le lit de l’extrême-droite. Si
aujourd’hui le fascismes est dans toutes les têtes, c’est aussi de leur
faute.

On verra toute une bande journalistes charognards, de politichiens en mal
d’audience et de récupérateurs divers se disputer le cadavre de Clément,
pour en tirer quelques bénéfices.

On les verra appeler à l’unité derrière la bannière d’un front
antifasciste, et appeler les gens à accepter le dialogue social pour ne pas
faire le jeu du fascisme et du populisme. La pacification sociale ne cesse
d��uvrer. Dans le capitalisme vert, tout est recyclable…

Il y a un antagonisme irréconciliable entre dominants et dominés qui
traverse la société. Et lutter contre le fascisme sans remettre en cause le
capitalisme et l’existence de l’état est aussi inutile qu’un peigne pour un
skinhead.

Quand on lutte aux cotés de sans-papiers, pour les squats, contre le
sexisme et le patriarcat, pour la défense de la terre ou contre la
marchandise. On attaque ce qui fait le c�ur du fascisme comme de la
démocratie : la domination et l’autorité.

Non seulement on ne laisse pas prise aux préjugés et à l’atomisation
sociale qui enferment beaucoup trop d’individus dans la résignation. Mais
en plus on expérimente et essaie de vivre au quotidien dans nos luttes et
dans nos cercles, des rapports sociaux horizontaux à mille lieux des de la
misère de l’aliénation. De cette manière on crée à travers notre présence,
nos liens et nos affinités, dans les lieux qu’on fait vivre, des espaces où
la haine des dominés ne se tourne plus vers leur semblables, mais vers ceux
qui les dominent ou qui contribuent à perpétuer l’ordre social.

C’est dans la solidarité, le sabotage et la lutte contre toute autorité
que nous lutterons efficacement contre le fascisme. La mort de Clément a
été l’occasion de nous retrouver dans la rue, elle nous a rappelé ce
pourquoi nous luttons. Ne laissons pas ce choc sans lendemain. Car rester
bras ballants comme un spectateur, c’est laisser aux politichiens et aux
récupérateurs le soin de régler le problème de l’extrême droite ; et dire
que le problème se limite à l’extrême droite c’est accepter le système qui
crée les conditions objectives favorisant ces assassinats.

Il faut redouter plus le silence des pantoufles que le bruit des bottes.

Devenons incontrôlables, nous ferons la révolution dans un charivari de
claquettes.

Pour l’anarchie…

tract

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One Response to [Contre les charognards] Encaisser le choc, Rendre les coups

  1. ernesto says:

    Ni oubli ni cérémonie : contre le culte de la charogne (juin 2013)
    « Il me semblerait plus satisfaisant, pour ma part, puisqu’il s’agit d’hommes qui se sont illustrés par des actes, qu’on ne les honorât qu’avec des actes. »

    Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, 411 avant l’ère chrétienne.

    Il est dangereux de déclarer la guerre à l’Etat et à ce monde, car il ne sait faire que deux choses : progresser, et combattre tout ce qui pourrait détruire, affaiblir ou empêcher sa progression. En tant qu’anarchistes, et nous entendons par là révolutionnaires, nous sommes conscients de nos choix et des responsabilités qui en découlent. Lorsque nous disons révolutionnaires, nous ne parlons pas d’une quelconque croyance en un monde parfait et serein, ni à la chimérique croyance en la possibilité de voir advenir une quelconque révolution anti-autoritaire totale telle que nous pouvons la rêver dans nos envolées masturbatoires, de notre vivant ou non. Nous parlons d’une tension permanente vers l’approfondissent d’un processus de rupture avec le pouvoir et ses institutions, par le biais de la critique radicale et de la destruction.

    Le 22 mai 2009, Mauricio Morales, un compagnon respecté de Santiago du Chili est tombé au combat dans cette guerre sociale à laquelle nous essayons de contribuer, lui comme tant d’autres anarchistes à travers le monde, avec nos moyens et notre éthique, notre intensité et nos désirs propres. L’explosion de la bombe artisanale qu’il portait sur son dos a causé sa mort brutale, elle était destinée à l’Ecole de Gendarmerie qui ne se trouvait pas loin. Aussi loin que nous étions à ce moment-là, au cœur de cette vieille Europe, la nouvelle de sa mort nous a bouleversés pour ce qu’elle était : la mort d’un frère. Nous ne connaissions pas directement Mauricio, mais était-ce bien important ? Nous nous sommes reconnus en lui, comme nous nous reconnaissons chaque jour dans toutes les attaques contre la domination, et cela nous a suffit. Comme beaucoup d’autres nous avons enflammé la nuit en guise de commémoration. Car c’est bien la seule forme de commémoration qui nous convienne pour saluer la mémoire du compagnon : continuer le combat dans la solidarité, oui, mais bien plus encore : propager la critique en actes de ce monde, et encourager sa diffusion.

    En effet, nos attaques contre l’existant n’ont pas pour but premier d’honorer la mémoire des compagnons tombés, d’envoyer une dédicace à tel ou tel autre compagnon incarcéré ni de dialoguer avec le pouvoir dans un corps à corps frontal. L’attaque est pour nous une nécessité, parce que les mots ont un sens et que nos idées ne sont pas que des concepts. Et nous trouvons tout à fait secondaire, voire tout à fait dispensable ce besoin de faire des clins d’œil ou de s’auto-référencer en permanence. Les destinataires des clins d’œil n’ont pas besoin qu’on les nomme s’ils se reconnaissent dans ce que porte l’acte. Et offrir une attaque à un compagnon, c’est éloigner pour d’autres la possibilité de se la réapproprier, et se couper nous-mêmes des possibilités infinies de la réappropriation et de la reproductibilité, et aussi de l’anonymat qui caractérisent pour nous l’intervention anarchiste dans toute son humilité. Pour préciser ce que nous nommons humilité, c’est que nos attaques s’inscrivent comme de modestes contributions à la guerre sociale en cours depuis toujours, et non comme des actes héroïques, car comme nous le disons toujours, il est facile d’attaquer et n’importe quel enragé peut le faire. Voilà pourquoi nos compagnons tombés au combat ne sont pas des héros.

    Nos attaques sont quotidiennes, elles n’attendent et n’ont besoin d’aucun appel à la solidarité. C’est là notre seule forme de commémoration : dans la conflictualité permanente. Car les autres formes de commémorations ne sont d’aucun remède pour nos cœurs insurgés, car pleurer n’a jamais fait tomber un mur. Qu’ils soient de la religion divine ou terrestre, les apôtres de ce monde n’offrent aucune solution à nos malheurs. Les veillées funèbres, les cérémonies, les éloges, les marches, les anniversaires, les beaux discours et le lyrisme de pacotille, nous leur laissons volontiers et continuons de tracer notre route. Nous ne sommes pas intéressés par la gloire et l’honneur, mais par la dignité, l’amour et la haine. C’est avec ces trois sœurs que nous marchons chaque jour. Nous aurions préféré ne pas ressentir le besoin d’écrire ces quelques lignes, mais nous avons peur de voir des valeurs d’origine religieuse et militaire qui ne sont pas les nôtres se mélanger aux nôtres.

    «Le culte des morts n’est qu’un outrage à la douleur vraie. Le fait d’entretenir un petit jardin, de se vêtir de noir, de porter un crêpe ne prouve pas la sincérité du chagrin. Ce dernier doit d’ailleurs disparaître, les individus doivent réagir devant l’irrévocabilité et la fatalité de la mort. On doit lutter contre la souffrance au lieu de l’exhiber, de la promener dans des cavalcades grotesques et des congratulations mensongères […] Il faut jeter bas les pyramides, les tumulus, les tombeaux ; il faut passer la charrue dans le clos des cimetières afin de débarrasser l’humanité de ce que l’on appelle le respect des morts, de ce qui est le culte de la charogne.»

    Albert Libertad in L’anarchie, 31 octobre 1907.

    Il n’y a aucune gloire dans le fait de mourir au combat. Le pouvoir réserve des conséquences morbides à nos choix de combattants, qu’il s’agisse du cachot, de la torture ou de la mort. Toutes ces mauvaises nouvelles font partie du contrat que nous avons signé avec nous-mêmes, dans le choix de la guerre à l’existant. Nous savons à quoi nous attendre, du plus beau au plus tragique, et nous sommes prêts, quelle que soit l’issue. Cette fois-ci elle fut fatale, mais cela ne fait pas de Mauricio un compagnon plus impliqué ou plus valeureux que n’importe quel autre combattant/te. Cette nuit-là, il a pris des risques comme tant d’autres chaque nuit, et le hasard nous l’a volé. Cela aurait pu être toi, moi, lui, elle ou n’importe quel autre individu pour qui l’anarchie n’est pas qu’une question de mots ou de postures.

    Beaucoup de nos compagnons sont morts au combat. Les Ravachol, Filippi et Morales de notre histoire sont nombreux, de mémoire plus ou moins vive, à exister encore dans chaque coup rendu, dans chaque assaut porté contre la domination. Et ce ne sont pas des martyrs, ils ne sont pas morts pour une cause, ils ne se sont pas sacrifiés. Ils sont morts en essayant de réaliser un rêve, ils ne se sont pas rendus et ils ont été tués. C’est tout. Rien ne les ramènera, ni une chanson, ni un poème, ni un discours, car il n’y a pas d’au-delà, il n’y a pas de héros, il n’y a pas d’ailleurs où guérir d’ici.

    Compagnon/nes, ne cédons pas aux sirènes de l’admiration, du charisme et de la valeur sociale. Les anarchistes ne doivent pas être canonisés. Laissons cela au star-system et à l’idolâtrie religieuse. Que chaque individu soit son propre héros plutôt que d’aller chercher la grandeur chez l’autre. Mauricio n’est pas une statuette, un poster ou une icône. Il est une source d’inspiration, un frère.

    Contre le culte de la charogne.

    Juin 2013.

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