Les machos à Totoland: le sexisme dans les milieux militants

pumice_pochette_instrus

 

 

 

 

 

 

 

 

« Pour faire cette action, il faut avoir des couilles ». Petite
phrase anodine, souvent entendue pendant nos réunions de militant.es
non-autoritaires, avec quelques variantes. Une phrase aussi banale que
« les flics, c’est tous des enculés ». Ce genre de phrase ne choque pas
grand monde dans le milieu, à part quelques irréductibles
féministes-chieuses-mal-baisées-autoritaires.

C’est pas nous qui sommes sexistes, c’est la société
Oui, mais comme on dit, il faut commencer par balayer devant sa
propre porte. Alors, l’anti-sexisme dans les statuts, c’est bien joli,
mais il faut aussi le mettre en pratique, suffit pas de l’écrire. Parce
que dans la réalité, bien souvent, ça ne fonctionne pas super bien.
Quand on coupe deux fois plus la parole des nanas que celle des mecs en
réunion ; quand on traite nos ennemis (patrons, flics et compagnie)
d’enculés ; quand on dit qu’on va violer des bourgeoises ; quand on ne
féminise pas les tracts ; quand on utilise une imagerie patriarcale dans
une affiche ; quand on joue au plus viril pour épater les copains et
surtout les copines ; et on pourrait continuer longtemps comme ça…
Je ne dis pas que tous ces comportements sont intentionnellement sexistes,
et que tous les militants qui traitent les flics d’enculés sont
d’indécrottables homophobes. Mais c’est quand même un peu désolant de
voir que des personnes qui prétendent avoir tout remis en cause tombent
dans le panneau du sexisme et de l’homophobie aussi facilement.

Rhôoo t’as pas d’humour…
… variante : mais c’est juste une expression, pourquoi tu me prends
la tête pour ça ? D’abord parce que je suis une incorrigible féministe,
super chieuse. Et surtout, parce qu’il ne suffit pas de se dire
antisexiste pour l’être, et parce que si on ne commence pas par nous
changer nous-mêmes, par remettre en question nos comportements genrés,
par faire attention aux mots qu’on utilise, on ne risque pas de faire
avancer la lutte antisexiste. Le langage est constitutif de notre
pensée, c’est grâce au langage que l’on peut inventer des concepts,
faire passer des messages. Donc, les petites phrases, les insultes et
les blagues ne sont pas à prendre à la légère. Et rassurez-vous : il
reste plein d’autres plaisanteries à faire, sur le dos des flics, des
patrons, des dirigeants…

Oui, mais moi, je suis pas macho
On n’a pas dit ça ! On ne dit pas que tous les mecs sont des machos
qui profitent du système patriarcal pour exploiter leur copine… On dit
juste que, pour mettre à bas ce système, il faut en comprendre les
rouages et donc savoir se situer dedans. Et certains, en tant que mecs,
sont dominants dans ce système, et bénéficient de privilèges. Ça ne veut pas dire
que tous les mecs profitent sans scrupules de ce système ! Mais
juste que, même s’ils n’ont rien demandé, ils seront, dans la plupart
des situations, plus écoutés, mieux considérés, plus avantagés que les
nanas. Mais comme on est sympas, on ne leur en veut pas… tant qu’ils
acceptent de se voir comme dominants et de faire un peu de travail sur
eux-mêmes pour tenter de corriger leurs réflexes sexistes. Et puis,
comme on est vraiment sympas, peut-être qu’on peut les aider à
progresser ?

Vous, les féministes, vous pensez avoir tout compris
Ouh là, non ! Ce n’est pas parce qu’on est les perdantes du
patriarcat qu’on n’y contribue pas, sans le savoir, ou consciemment,
quand on en a marre, qu’on a la flemme de faire de la pédagogie… Et
puis, c’est pas parce qu’on est dominée au sein d’un système qu’on l’est
dans tous. Allez, je vous raconte un peu ma vie, c’est parti : je suis
une meuf, donc dans le système patriarcal je suis plutôt dominée. Mais
je suis aussi blanche, issue de classe moyenne et étudiante. Du coup,
plein de fois au cours de ma journée, je me retrouve confrontée avec des
personnes que je « domine » socialement : les personnes racisées, ceux
qui font un travail pas super marrant, les analphabêtes, les détenu.es
(même si eux et elles on les croise pas trop, malheureusement). Bref,
non je n’ai pas tout compris, et moi aussi, je me remets en question,
enfin j’essaie, d’ailleurs si tu m’entends dire un truc
raciste/classiste voire sexiste n’hésite pas à me le faire savoir, je ne
te mangerai pas tout cru !

T’es pas un peu autoritaire et agressive là ?
Ah, parce que demander d’éviter les réflexions sexistes et/ou les
insultes homophobes c’est être autoritaire ? Mais quand on me fait une
blague sexiste sans se poser la question de comment je vais le prendre,
ça c’est pas du tout autoritaire, ça ne m’impose pas violemment une
norme que je tente de combattre ! Et tant qu’on parle d’autoritarisme,
allons jusqu’au bout des choses. Lorsqu’on gravite dans un lieu
anti-autoritaire (maison des assos, squat d’acitivté ou autre), il se
peut que des personnes aient des comportements sexistes, voire
agressifs.
C’est arrivé à Nantes l’année dernière, mais surprise, en rencontrant
les copines de Bordeaux je me suis aperçue que ça leur était aussi
arrivé ! Et en lisant une brochure grenobloise, je tombe sur une
histoire d’agression similaire… ça se passerait donc partout ? Oui,
malheureusement, on a beau être dans un lieu qui se veut libertaire, les
oppressions continuent d’exister, elles ne disparaissent pas par magie
quand on passe la porte. Alors, dans ce cas, quid de l’attitude à
adopter ? Faut-il exclure l’agresseur ? Oui, mais si c’est un militant
antifa trop cool ? Je vous rassure, je n’ai pas de réponse toute faite à
la question. En revanche, si l’agresseur ne s’est pas excusé, s’il a
agressé une copine physiquement, s’il est dangereux pour les meufs qui
utilisent l’espace en question, alors je ne crois pas que le faire
sortir du lieu, même temporairement, soit autoritaire.
Ce qui est autoritaire, c’est quand la meuf qui s’est faite agresser
ne peut plus revenir dans ce lieu, car elle n’est pas sûre que les
autres personnes présentes prendront sa défense si ce genre de
mésaventure se reproduit. Ce qui est autoritaire, c’est quand on est
obligée de venir avec une copine en réunion, parce qu’on ne sait pas sur
qui on va tomber. Ce qui est autoritaire, c’est quand un mec s’arroge
le droit de me parler très près, de me prendre le bras sans se demander
si ça me le fait. Ce qui est autoritaire, c’est quand on me dit de
fermer ma gueule parce que, les féministes, ça va bien cinq minutes.
Donc, d’abord on va parler de toutes les agressions
quotidiennes que je subis en tant que meuf (publicités, réflexions,
contacts non désirés, insultes), et ensuite on reparlera de canaliser
mon agressivité.

http://lalicornedeviante.tumblr.com/

A propos mediatours

Blog d'informations sur la ville de Tours et ses environs
Ce contenu a été publié dans antisexisme, Genre / Sexualité, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

1 réponse à Les machos à Totoland: le sexisme dans les milieux militants

  1. Ping : Sexisme | Pearltrees

Les commentaires sont fermés.